Anthroposcènes, au festival des arts vivants Nyon

far 2018

Dans le cadre d’une collaboration entre le festival des arts vivants Nyon (far°) et la fondation Zoein, son secrétaire général Alexander Federau a participé à la performance Anthroposcènes sur le thème de l’Anthropocène, les 17 et 18 août 2018, en tant que spécialiste de la question. Il y a donné une mini-conférence sur le thème des espèces invasives.

Anthroposcènes est un projet de collaboration entre l’écrivaine-performer Rita Natálio et le chorégraphe João dos Santos Martins. Anthroposcènes discute et questionne la notion d’Anthropocène, la proposition d’introduire une nouvelle ère géologique marquée par l’influence humaine. La performance questionne ce concept à partir du perspectivisme amérindien, des black studies et de la théorie queer. Faut-il penser l’humanité en tant qu’espèce, est-ce véritablement pertinent de vouloir comprendre les comportements humains à partir d’une nature humaine universelle ?

Anthroposcènes se présente comme une conférence dansée sur l’Anthropocène et sur l’histoire de la relation entre nature et humanité, chez l’Occident. Une conférence subvertie par une « science poétique » qui détourne, utilise des jeux de mots, ironise sur certains modèles historiques de la nature. Anthroposcènes insiste sur la double dimension esthétique et écologique et sur la nécessité́ de reconfigurer la relation entre l’art et la nature.

La performance critique les modèles occidentaux de la nature, présents dans l’histoire de la peinture et de la danse, en la considérant comme mère, refuge, expression essentielle et source inépuisable d’énergie et de vie. Dans le régime classique de la peinture, par exemple, la « nature morte » apparaît comme une technique où les éléments du monde naturel sont représentés comme des figures inertes placées dans un panier ou sur une table, de sorte que le peintre puisse les représenter. Cette séparation classique entre sujet et objet constitue l’artifice le plus noble de la peinture, l’idée que la nature « bien morte », inerte, soit vue par nous, les humains, les grands « portraitistes du monde ». Dans la danse moderne, des gestes harmonieux, libres ou « organiques » sont associés à une idée naturellement bonne du corps humain, tandis que la forêt, le vent, le feu et les rivières sont des exemples d’une (bonne) liberté́ que le corps devrait chercher pour lui-même. Le modèle de la nature dans la danse est essentialiste, même quand la nature n’est pas l’objet en soi d’une danse. Une préoccupation majeure de la composition et de la dramaturgie est le démantèlement d’une voix scientifique efficace qui présente des perspectives unilatérales ou des prises de position objectives, neutres, universelles et indiscutables sur la nature et le changement climatique. Antropo ma non troppo.

Anthroposcènes a eu lieu dans le cadre du far°, dont c’est la 34e édition en 2018 et dont la thématique était renverser. Durant neuf jours, les propositions artistiques ont découpé des lignes de fuite, nous invitant à migrer dans les marges et dériver dans nos imaginaires mondialisés. Le renversement nous a montré comment bouleverser le régime de présence des corps, des gestes, de la parole et des émotions confinés à l’exotisme ou la sauvagerie. Le programme complet est disponible sur : festival-far.ch

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